eagles1973Le premier album des EAGLES avait rencontré un important succès, et d’autant plus remarquable que le groupe ne faisait réellement qu’émerger, lui qui ne s’était formé qu’un an avant l’enregistrement du disque. L’orientation country avait d’une certaine manière été plébiscitée par la belle ascension du premier single (Take It Easy) dans les classements américains, et on ne s’étonnait pas de retrouver les quatre Américains sur la pochette de ce second album, affublés des oripeaux d’une bande de hors-la-loi du far-west. Il n’y avait pas tromperie, les Eagles allaient bien nous délivrer un album dominé par le parfum de l’Amérique profonde.

On le vérifie d’ailleurs dès les premières notes : avec ses quelques accords de guitare sèche et son accompagnement à l’harmonica, « Doolin-Dalton » évolue ensuite vers un refrain qu’on n’oubliera pas de sitôt, nourri de superbes harmonies vocales, dans une atmosphère délicieusement mélancolique. Ce titre, écrit par le binôme qui avait signé « Take It Easy » – Glen Frey et Jackson Browne –, renforcé cette fois par Don Henley et J.D. Souther (l’ancien partenaire de Frey dans Longbranch Pennywhistle), est encore un beau moyen d’attaquer un album, et comme son prédécesseur, « Desperado » nous offre encore de bien jolis moments par la suite.

Cette orientation country / folk, on la retrouve sur le guilleret « Twenty-One » (interprété par Bernie Leadon) et de manière plus subtile et brillante sur les deux superbes ballades de l’album : d’abord « Tequila Sunrise », interprétée par Glenn Frey sur fond de sonorités de pedal steel guitar, puis dans la foulée « Desperado », chanson sublimée par la voix chaude de Don Henley, et devenue comme chacun sait incontournable dans le répertoire des Eagles, mais qui, bizarrement, ne sortira jamais en single ; le titre sera toutefois popularisé par la marraine du groupe LINDA RONSTADT la même année, et c’est sans doute là qu’il faut chercher la raison de cette absence de promotion pour la version des Eagles.

Si Don Henley avait peu chanté et composé sur le précédent album, son rôle sur « Desperado » grandit à vue d’œil. Il apporte sa contribution à quasiment tous les titres, et chante sur quatre chansons (dont, il est vrai, la reprise de « Doolin-Dalton » en fin d’album). Cette émergence se fait au détriment de Randy Meisner, qui bien que brillant sur le premier album, ramasse quelques miettes sur « Desperado », avec une seule chanson qu’il interprète seul (Certain Kind Of Fool) et un rôle anecdotique sur la ballade sur fond de mandoline « Saturday Night », sur laquelle Don Henley est le principal chanteur.

Au milieu d’une tonalité western dominante, on retrouve comme un an plus tôt une tendance à faire parler la poudre lorsque l’occasion se présente, et c’est ici d’abord sur l’enfiévré boogie rock’n’roll « Out Of Control », puis quelques chansons plus tard avec le mid-tempo très rock « Outlaw Man » (seule composition de l’album extérieure au groupe, elle est signée par un certain David Blue qui l’enregistrera pour son propre compte la même année). Ce dernier titre, servi par une lourde rythmique et un Glenn Frey furieusement jubilatoire vers la fin, aura les honneurs d’une sortie en single, ce qui permettra aux Eagles de rappeler au plus grand nombre qu’ils sont bien aussi à l’aise dans le rôle de mauvais garçons affiché sur la pochette que dans l’art de tutoyer les anges par des harmonies vocales toujours splendides, comme – une fois de plus – sur « Bitter Creek », un titre folk chanté par un Bernie Leadon qui, par ailleurs, trouve encore quelques (trop rares) occasions de faire entendre son banjo (en particulier sur la jolie reprise instrumentale de « Doolin-Dalton » au milieu de l’album).

Toutes ces qualités réunies ne permettront étrangement pas aux Eagles de rééditer le succès du premier album. Si plusieurs décennies plus tard « Desperado » a fini par s’écouler à plus de deux millions d’exemplaires sur le marché américain, il se vendra d’abord assez modestement, peinant à atteindre la certification « or » sur le marché américain, plus d’un an après sa sortie.

Tracklist :
1. Doolin-Dalton
2. Twenty-One
3. Out Of Control
4. Tequila Sunrise
5. Desperado
6. Certain Kind Of Fool
7. Doolin-Dalton (instrumental)
8. Outlaw Man
9. Saturday Night
10. Bitter Creek
11. Doolin-Dalton / Desperado (reprise)

Musiciens :
Glenn Frey : chant, guitare, clavier, harmonica, chœurs
Don Henley : chant, batterie, guitare acoustique, chœurs
Bernie Leadon : chant, guitare, banjo, mandoline, dobro, chœurs
Randy Meisner : chant, basse, chœurs

Production : Glyn Johns

Label : Asylum

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