fleetwoodmac1979Le raz-de-marée provoqué dans le monde par l’album « Rumours » en 1977 donnait des ailes à Fleetwood Mac, et au premier chef à Lindsay Buckingham, musicien de nature aventureuse, bien résolu à profiter de ce moment de grâce pour enregistrer les chansons dont il rêvait et ne pas se laisser enfermer dans une suite copie carbone de « Rumours ». Avec l’autorisation de Mick Fleetwood, Buckingham se penchait sur une orientation plus expérimentale, s’isolant dans son propre studio pour travailler seul sur ses chansons (trois d’entre elles seront d’ailleurs ajoutées à l’album sans autre intervention du groupe : « The Ledge », « Save Me A Place » et « That’s Enough For Me »).

Dès le départ, le groupe choisit de réaliser ce disque sous la forme d’un double album qui ne manquera pas, par la suite, de susciter des comparaisons avec le « White Album » des BEATLES. Le fait est que sur « Tusk », comme sur le disque de la légende anglaise, nous avons plus que jamais affaire à un patchwork des différentes personnalités du groupe, à ceci près que le fossé entre les compositions de Buckingham, d’une part, et celles de Stevie Nicks et Christine McVie, d’autre part, semble beaucoup plus profond que les différences artistiques qu’on pouvait percevoir sur le double album des quatre demi-dieux de Liverpool.

Buckingham domine d’ailleurs assez clairement ce disque en posant sa voix sur la moitié des vingts chansons (il en signe neuf, la dixième – « Think About Me » – étant une chanson de Christine McVie qu’il chante en duo avec elle), laissant ses deux partenaires se partager les chansons restantes. Le musicien, fasciné à cette époque par les sonorités dépouillées des styles à la mode, le punk et la new wave qui émergeait, ne va heureusement pas non plus jusqu’à engager le groupe dans des directions tout à fait contre-nature, mais parfois, il agace un peu à vouloir encrasser ou simplifier, par simple esprit de contre-pied, ses chansons, comme sur « The Ledge », sorte de country craspouille avec une basse prédominante et rudimentaire (qu’on retrouve entre autre sur « Not That Funny »), d’autant que son obsession du minimalisme le conduit à souvent négliger ses parties de guitare, lui qui avait par le passé enflammé un certain nombre de morceaux par ses brillantes interventions. L’aspect non conventionnel fit peut-être se pâmer quelques critiques en mal perpétuel de nouveauté, mais l’intérêt pour la musique du groupe, lui, n’est pas toujours flagrant. Heureusement, le musicien signe aussi un certain nombre de chansons moins soucieuses de prétentions avant-gardistes. C’est le cas de la ballade folk « Save A Place », de « What Make You Think You’re The One » (malgré des parties vocales un peu surprenantes, mais pas dérangeantes) ou des très doux et éthérés « That’s All For Everyone » et « Walk A Thin Line », entre autre.

On ne trouve en revanche pas ce goût de l’expérimentation dans les titres des deux chanteuses du groupe, pour la plupart dignes des deux précédents albums. Et c’est heureux, car les deux musiciennes apportent par leurs compositions des respirations bienvenues en s’intercalant entre les explorations de Buckingham. Stevie Nicks en profite même pour enregistrer quelques unes de ses meilleures chansons, comme l’intense « Sisters Of The Moon », et « Beautiful Child » qui est peut-être la ballade la plus émouvante de son répertoire, « The Storms » et le classique « Sara » n’arrivant pas loin derrière. Christine McVie se montre elle aussi plutôt inspirée, et des chansons comme « Over & Over » ou la plus originale « Brown Eyes » (un titre dominé par la basse de son ex-mari, sur lequel guitariste co-fondateur du groupe Peter Green revient apporter sa petite contribution, dans une belle atmosphère suave et nébuleuse) n’auraient pas fait tache sur les deux précédents albums.

Malgré ce lien avec les deux précédents albums, « Tusk » se vendra dix fois moins que le précédent, mais sa contre-performance commerciale sera compensée à terme par une respectabilité accrue eu égard à la prise de risque clairement et consciemment assumée par l’ensemble du groupe, uni derrière Buckingham. J’admets pour ma part qu’après l’avoir longtemps considéré comme un disque traînant trop en longueur, il ne me viendrait aujourd’hui pas à l’idée d’en ôter la moindre chanson, pas même les quelques bizarreries de Lindsay Buckingham. Signe d’un disque qui avait tout d’une grande et belle œuvre.

Tracklist :
1. Over & Over
2. The Ledge
3. Think About Me
4. Save Me A Place
5. Sara
6. What Makes You Think You’re The One
7. Storms
8. That’s All For Everyone
9. Not That Funny
10. Sisters Of The Moon
11. Angel
12. That’s Enough For Me
13. Brown Eyes
14. Never Make Me Cry
15. I Know I’m Not Wrong
16. Honey Hi
17. Beautiful Child
18. Walk A Thin Line
19. Tusk
20. Never Forget

Musiciens :
Lindsey Buckingham : chant, guitare, basse, clavier, batterie, percussions
Stevie Nicks : chant, piano (5)
Christine McVie : chant, clavier
John McVie : basse
Mick Fleetwood : batterie, percussions
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Peter Green : guitare (13)
USC Trojan Marching Band : cuivres, percussions (19)

Production : Fleetwood Mac, Richard Dashut, Ken Caillat

Label : Warner

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