R-4054077-1354216390-9405.jpegSuite à la sortie du phénoménal Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, les Beatles décident de réaliser un nouveau film, leur troisième. Mais cette fois, point de Richard Lester, le groupe décide d’écrire et de réaliser eux-mêmes. Pas la meilleure idée du siècle, le film est dans la lignée de pas mal de films sans queue ni tête produits dans les sixties. Le seul intérêt de celui-ci sont les passages musicaux qui, poussant encore plus loin ce qu’ils avaient fait précédemment, préfigurent les clips. Le groupe étant dans une phase très créatrice (mais n’est-ce pas un pléonasme lorsqu’on parle des Beatles ?), plusieurs des chansons du film deviendront des classiques. Leur sortie comme bande-originale pose néanmoins un problème: les chansons sont au nombre de six. C’est trop long pour un ep, mais trop court pour un lp. L’album sortira donc en double ep en Europe, tandis qu’aux USA, il sortira en lp en y ajoutant les singles de l’année. Rappelons que les Beatles ne sortaient généralement pas en singles les titres sortis en albums et vice-versa.

C’est la chanson-titre, « Magical Mystery Tour » qui ouvre le bal. Titre enjoué, rythmé et sans prise de tête, il est immédiatement appréciable par l’auditeur, même si de mauvaises langues le qualifieront de sous « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ». Le rapport n’a pourtant pas lieu d’être car, à part la présence d’une section cuivre, les deux titres n’ont que peu en commun musicalement. « Fool On The Hill » poursuit les expérimentations de Paul McCartney dans ses mélanges entre Pop et musique classique (« Yesterday », « Eleanor Rigby », « She’s Leaving Home »). Cette fois cependant ce n’est pas aux cordes mais aux bois (en l’occurrence des flûtes) que la voix du chanteur se mêle. Comme souvent avec McCartney nous sommes en présence de la perfection mélodique même si l’ensemble est peut-être un peu trop calme. Les paroles en revanches sont loin d’être inintéressantes. Premier instrumental officiel du groupe, « Flying » a la particularité d’être signé des quatre membres du groupe. En revanche, il faut avouer que ce titre atmosphérique et vaguement psychédéliques est l’un des plus dispensables du répertoire des Beatles.

George Harrison, quant-à lui, continue ses recherches autour de la musique orientale. Cette fois, cependant, les instruments sont occidentaux avec une forte présence d’orgues. Si l’ambiance sombre et hypnotique de « Blue Jay Way » est plutôt réussie, il faut admettre que le titre est plutôt monocorde sur sa durée. Il faut attendre le retour de McCartney pour raviver notre attention avec « Your Mother Should Know », un titre peu connu mais pourtant très réussi. Il s’agit d’un mélange entre Pop et vieille variété anglaise, autre association des genres que le chanteur aime accomplir et généralement avec beaucoup de succès. Si Lennon n’a pas été très présent jusqu’ici, c’est pour exploser davantage avec le dernier titre. « I’m The Walrus » pousse encore plus loin le travail de « A Day In Life » en mêlant dans un seul titre Rock, Pop et interventions de cordes. Titre hyper novateur, « I’m The Walrus » eu une influence considérable sur l’histoire de la musique. Mais l’aspect avant-gardiste n’est pas sa seule force. En effet la mélodie est hyper mémorable et accrocheuse. On appréciera aussi le soin accordé par Lennon aux paroles, dans leur absurdité poétique mais aussi dans le travail sur les sonorités. Au final, deux titres faibles sur six ; pour n’importe quel groupe ce serait une excellente moyenne, pour les Beatles c’est un poil décevant…

Ce qui suit, évidemment, c’est du tout bon, mon cher Jacques ! Ce que les Beatles proposaient en singles à l’époque, c’était la crème de la crème. On ne présente plus le tubesque « Hello Goodbye » qu’on ne peut que reprendre en choeur, le nostalgique et audacieux « Strawberry Fields Forever » ou encore l’enjoué « Penny Lane ». Des classiques intemporels, des petits bijoux de Pop/Rock. « Baby, You’re A Rich Man » est sans doute moins connu, mais pas moins excellent. Très bonne composition de John Lennon, elle contient un refrain immédiatement mémorable. Certains tiqueront sur certaines instrumentations dues au clavioline (un synthétiseur monophonique) qui ont un peu vieillies, mais elles donnent malgré tout un charme indéniable au morceau. C’est le classique « All You Need Is Love » qui clôt l’album. Titre sans doute un peu cliché et pompier (surtout à cause de l’intro sur « La Marseillaise », pas la meilleure idée de Lennon) mais qu’on se prend malgré tout à chanter tant le refrain est irrésistible.

Magical Mystery Tour fait souvent office d’oublié (moins que Yellow Submarine tout de même). En partie parce qu’on sent que l’album est créé artificiellement (les singles n’avaient pas vocation d’y être et l’ensemble manque donc d’homogénéité) mais aussi parce qu’il sort entre deux albums extraordinaires. Pourtant, parmi les inédits, trois sont devenus des classiques (et non des moindres) et un n’a rien à rougir face aux grands titres du groupe. Un album qu’il convient donc de ne pas négliger, que du contraire.

Tracklist:
1. Magical Mystery Tour
2. The Fool On The Hill
3. Flying
4. Blue Jay Way
5. Your Mother Should Know
6. I Am The Walrus
7. Hello, Goodbye
8. Strawberry Fields Forever
9. Penny Lane
10. Baby, You’re A Rich Man
11. All You Need Is Love

Musiciens:
John Lennon: Chant, guitare, claviers, harmonica
Paul McCartney: Chant, basse, claviers
George Harrison: Guitare, chant, orgue, harmonica
Ringo Starr: Batterie, percussions, chant

Producteur: George Martin

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