4175208Aujourd’hui pour parler de Pink Floyd ce sont systématiquement les trois mêmes Dark Side Of The Moon, Wish You Were Here et The Wall qui sont portés aux nues. Pourtant, c’est plutôt du côté d’Animals qu’il faut chercher leur sommet musical. Pourquoi celui-ci est-il un peu plus en retrait que ses confrères, pourquoi les morceaux qui en sont issus ont-il été rarement interprétés par le le groupe en concert ? Il y a une raison toute simple à cela, à l’exception du très dispensable « Pigs On The Wing » qui ouvre et ferme l’album, les autres titres sont très longs. « Sheep », le plus court dépasse les dix minutes tandis que « Dogs », le plus long, n’est pas loin d’atteindre vingt minutes. Cette tendance n’était pas rare à l’époque (Yes, Genesis et Emerson, Lake and Palmer ont tous eu de nombreux morceaux fleuves à leur répertoire) et Pink Floyd l’avait déjà fait plus qu’à son tour. Pourtant ces titres n’auront pas la même renommée que « Shine On You Crazy Diamond », car étant plus agressifs et surtout plus sombres dans leur forme. De même, l’absence de titre suffisamment court pour servir de single (les deux parties de « Pigs On The Wing » furent bien jointes pour l’occasion mais pour un résultat peu concluant) empêcha l’album d’avoir un tube comme ça avait été le cas avec « Money » ou « Wish You Were Here » et donc de perdurer dans la mémoire du grand public.

Nous avons déjà dit que « Pigs On The Wing », un titre acoustique interprété par Roger Waters seul et séparé en deux parties, n’était pas particulièrement enthousiasmant (il préfigure d’ailleurs la carrière solo du leader du Floyd), mais il en est tout autre de « Dogs », « Pigs (Three Different Ones) » et « Sheep ». Se basant sur le toujours pertinent livre de George Orwell, La Ferme des Animaux, Waters a décidé d’écrire un titre sur les trois castes les plus importantes du livre, les cochons (les dirigeants – politiques comme industriels), les chiens (le service d’ordre), les moutons (le peuple, suivant servilement le leader ou un pseudo révolutionnaire). On regrette que le bassiste n’ait pas ajouté le corbeau (la religion), cela aurait donné un autre bon titre à l’album en plus qu’un morceau qui aurait été certainement pertinent sur le plan des paroles. Si, à l’exception de « Dogs », co-écrit avec Gilmour, les deux autres titres ont été écrit par Waters seul, il est plus que probable que David Gilmour et Richard Wright ont été fort influents dans l’enrichissement musical de ceux-ci. Il n’y a d’ailleurs qu’à voir l’aridité musicale des albums que Waters a réalisé sans Pink Floyd pour admettre que ses partenaires étaient loin de n’être que de simples exécutants. Avoir des paroles intéressantes, c’est bien, mais avoir une musique qui tienne l’intérêt de l’auditeur c’est mieux. Et en ce sens, Pink Floyd pourrait tout aussi bien chanter le bottin, une recette de cuisine ou le Kama Sutra tant le résultat sonore transcende le message.

« Dogs » est le seul titre où l’on entendra la voix de David Gilmour. C’est dommage, mais heureusement sur les titre suivants Waters n’a pas encore cédé au ton maniéré qui le rendra souvent insupportable sur The Wall et The Final Cut. Alors que les longs titres des groupes progressifs sont souvent prétextes à exposer la virtuosité des intervenants, Pink Floyd préfère développer les ambiances musicales avec subtilité et finesse. De ce fait, on ne s’ennuie jamais au cour des dix-sept minutes de « Dogs ». A l’époque David Gilmour ne nous endormait pas en jouant mais au contraire faisait remuer nos tripes et hérisser nos poils. Ses interventions solistes, tout en étant toujours aussi parfaites sur le plan mélodique, sont souvent sombres voir même parfois agressives. Les accords aériens et hypnotiques de la guitare acoustique se mêlent donc aux halos des claviers de Wright et aux explosions de la guitare électrique, tandis que la rythmique de Waters et Mason soutient le tout. Du grand art et sans ostentation.

Introduit par les claviers de Wright, « Pigs (Three Different Ones) » est encore plus sombre que le titre précédent, avec un riff de guitare tranchant de Waters. Le leader du Floyd y effectue sans doute la meilleure performance vocale de sa carrière. On appréciera aussi les solos de Gilmour avec ou sans talk box pendant le long intermède musical d’une beauté (toujours très noire) à couper le souffle. Sur « Sheep », les tempos se multiplient. Passages lents et rêveurs au piano électrique, passages plus rapides et agressives, plages hypnotiques et plus calmes dominées par la basse lancinante (jouée par Gilmour et non pas Waters). A noter que c’est le titre qui permet le plus à Richard Wright de briller, tantôt au piano électrique, tantôt à l’orgue, tantôt au moog. Certainement le dernier moment de gloire de ce grand musicien qui sera mis au second plan sur l’album suivant (avant d’être renvoyé).  Et puis il y a ce final avec ce riff de guitare mélodique de Gilmour et la batterie aérienne de Nick Mason dont on voudrait qu’il dure à l’infini.

Chef d’oeuvre musical, véritable pamphlet contre la société (capitaliste comme communiste), Animals est aussi, par sa forme, un grand doigt d’honneur aux Punks alors au sommet de leur éphémère gloire. Pink Floyd, plus que tout autre groupe établi, était devenu la cible privilégiée des groupes Punk. En présentant un album musicalement aux antipodes de tout ce que le Punk valorisait et en en faisant un véritable succès, Pink Floyd prouvait que les dinosaures étaient là pour rester et sonnait par là le glas d’un mouvement qui n’allait pas tarder à évoluer vers des formes musicales plus recherchées. Cela dit, il s’agit probablement du dernier album a succès comprenant d’aussi longs morceaux. La tournée gigantesque qui en suivit fut houleuse et le malaise du groupe qui commençait à se désintégrer poussa Roger Waters à créer The Wall, mais c’est une autre histoire.

Tracklist:
1. Pigs On The Wig I
2. Dogs
3. Pigs (Three Different Ones)
4. Sheep
5. Pigs On The Wing 2

Musiciens:
David Gilmour: Chant (2), Guitare, Basse (3, 4)
Roger Waters: Chant, Guitare, Basse (2)
Rick Wright: Claviers
Nick Mason: Batterie

Producteur: Pink Floyd

Publicités