R-377517-1330981244.jpegEn 1968, le chanteur Keith Relf et le batteur Jim McCarty quittent les Yardbirds, laissant le guitariste Jimmy Page et le bassiste Chris Dreja seuls pour assumer les concerts prévus quelques temps plus tard en Scandinavie. Plutôt que de jeter l’éponge, les deux hommes décident de continuer. L’idée de former son propre groupe trottait de toute manière depuis quelques temps dans la tête de Page. Après avoir cherché sans succès à débaucher Steve Marriott et Terry Reid, ils engagent un jeune chanteur de même pas vingt ans, Robert Plant, qui leur suggère comme batteur son ami John Bonham. Mais alors que le groupe semblait constitué, voilà que Dreja décide soudainement d’arrêter la musique pour devenir photographe. C’est donc le multi-instrumentiste John Paul Jones, une vieille connaissance de Page, qui tiendra la basse. Après avoir assumé les concerts prévus sous le nom des ‘New Yardbirds’, le groupe se rebaptise Led Zeppelin (d’après une blague de Keith Moon des Who) et entame l’enregistrement de leur premier album.

L’album est un ensemble de reprises de vieux blues électrifiés, de chansons existantes complètement réinventées par le groupe (au point qu’ils ne jugeront pas utile de mentionner les auteurs) et de compositions personnelles. « Good Time Bad Time » s’ouvre comme un dialogue entre la guitare et la batterie. Titre Rock relativement sage, il est parfait pour faire connaissance avec ce tout nouveau groupe. Les talents de solistes de Jimmy Page, la belle voix de Robert Plant, la frappe de bûcheron de John Bonham et la basse lourde et mélodieuse de John Paul Jones. Dès le deuxième titre Led Zeppelin prouve qu’ils n’ont pas l’intention de s’enfermer dans un seul style. « Baby I’m Gonna Leaving You » avait déjà été interprété par Joan Baez, mais le groupe réinvente totalement le morceau. La ballade acoustique contient en effet quelques passages un peu plus agités. Cela dit, son point fort, c’est la performance vocale de Robert Plant, d’une beauté à couper le souffle (mais heureusement pas le sien). Reprise de Muddy Waters, « You Shook Me » a malheureusement un petit goût poussiéreux. Malgré une bonne performance de Plant, musicalement le titre se traine et manque de cette petite étincelle de magie et d’énergie qui aurait pu dynamiser le rendu (sans pour autant augmenter le tempo). De plus le titre est trop long. A trop vouloir jouer aux puristes de blues (eux qui ont pourtant généralement donné un coup de peinture bienvenu à un style souvent ennuyeux), Led Zeppelin nous ennuie plutôt qu’ils nous captivent et les solos de guitare, orgue et harmonica semblent ne plus finir.

« Dazed And Confused » a heureusement tôt fait de nous le faire oublier. Point central de cet album, le titre, déjà développé par Page au temps des Yardbirds, nous présente un tourbillon musicale étourdissant entre riffs de guitare et de basse sombres et angoissants que Tony Iommi déclinera à loisir par la suite, ambiances lugubres et mystiques lorsque Page sort l’archet et une dernière partie en mode locomotive où Page, encore lui, nous offre un solo de guitare mêlant agressivité, mélodie et virtuosité. « Your Time Is Gonna Come », qui pourrait presque être un titre de CS&N, mélange habilement l’orgue de Jones, la batterie lourde de Bonham et de jolies partitions de Page à la guitare acoustique. La voix de Plant est magnifique, faut-il le préciser encore une fois, même si malheureusement le refrain est un peu décevant. « Black Mountain Side » est instrumental exotique qui reprend là où « White Summer » des Yardbirds s’était arrêté. Le guitariste fera d’ailleurs souvent un medley des deux sur scène. Mais là où « White Summer » tirait parfois en longueur, « Black Mountain Side » se fait plus concis et se paie même le luxe de faire intervenir des musiciens indiens pour un résultat bien plus réjouissant que les expérimentations souvent pénibles de George Harrison. Véritable furie Hard Rock avec son riff qui influencera les Punk, « Communication Breakdown » a été bien trop vite laissé de côté par Led Zeppelin sur scène et mériterait qu’on s’y attarde de nouveau. Autre reprise d’une composition de Willie Dixon, « I Can’t Quit You Baby » est plus enthousiasmant que « You Shook Me » avec de superbes interventions de guitares qui ont achevé de mettre B.B. King au grenier. Moins connu que « Dazed And Confused », « How Many More Times » est pourtant tout aussi réussi. Un riff en béton que l’on pourrait reprendre à l’infini, une section rythmique qui ringardise toutes les précédentes, le retour de l’archet sur un long passage atmosphérique au milieu. Et puis Plant qui nous montre toutes les capacités de son redoutable organe.

L’album fit l’effet d’une bombe et tous les autres groupes de Blues Rock durent retourner à leurs études devant tant de modernité. Led Zeppelin faisait du Blues mais en sortant des canevas qui avaient depuis longtemps fait leur temps (à l’inverse du Jeff Beck Group, de Fleetwood Mac et de Free) et créaient la nouvelle musique Rock en mettant le psychédélisme de côté (à l’inverse de Cream et du Jimi Hendrix Experience). Certains s’adaptèrent (Free avec Fire And Water, Fleetwood Mac avec Then Played On), le temps des autres était compté.

Tracklist :
1. Good Times Bad Times
2. Babe I’m Gonna Leave You
3. You Shook Me
4. Dazed and Confused
5. Your Time Is Gonna Come
6. Black Mountain Side
7. Communication Breakdown
8. I Can’t Quit You Baby
9. How Many More Times

Musiciens :
Robert Plant : chant, harmonica
Jimmy Page : guitare
John Paul Jones : basse, orgue
John Bonham : batterie

Producteur : Jimmy Page

Publicités