R-3789572-1344501748-3133.jpegEn 1966, les Beatles, moins McCartney, ont découvert le LSD, ont apprécié les nouveaux sons provenant d’Amérique (Pet Sounds des Beach Boys, Stevie Wonder, Lovin’ Spoonful…) et décident de repousser les limites de leurs expérimentations encore plus loin que sur Rubber Soul. Lorsque Revolver sort, c’est une nouvelle bombe dans la scène musicale et les Beatles renvoient à nouveau tous les groupes loin derrière. Si toutes les chansons ne seront pas des succès auprès du grand public, toutes inspireront à l’un ou l’autre artiste une nouvelle direction à suivre.

C’est de manière surprenante que l’album commence par une composition de George Harrison. A l’écoute de « Taxman » on comprend pourquoi. Cri d’injustice du benjamin du groupe contre la trop haute taxation en Angleterre à l’époque, il s’agit d’un petit brûlot Rock aux riffs de guitare acérés qui n’ont rien à envier à ceux des Stones ou des Kinks. Curieusement, c’est McCartney qui jouera le solo désormais mythique. Changement radical de style avec « Eleanor Rigby » qui poursuit les expérimentations de McCartney entamées sur « Yesterday », à savoir réaliser une chanson Pop avec des instruments classiques. « Eleanor Rigby » est cependant plus sombre que « Yesterday » et plus dynamique grâce à un ensemble de cordes aux coups d’archets bien sentis. John Lennon et George Harrison rejoignent McCartney pour créer des harmonies vocales sublimes. Véritable petite cathédrale musicale, « Eleanor Rigby » offre une nouvelle étape dans la création de la musique Pop moderne. Hymne jubilatoire à la paresse, « I’m Only Sleeping » présente Lennon au sommet de sa forme. Le chanteur à l’humour corrosif a poussé le vice jusqu’à ralentir au mixage le morceau interprété un peu plus rapidement à la base, ce qui rajoute à son aspect indolent. A noter un solo de guitare passé à l’envers qui renforce le sentiment psychédélique de l’album.

Harrison avait déjà expérimenté le sitar par le passé, mais cette fois il va plus loin. Ce ne sont plus quelques touches exotiques sur un titre Pop/Rock occidental, mais un véritable morceau d’inspiration indienne auquel on a droit avec « Love You To ». Le titre est plus joyeux et entrainant que ses compositions ultérieurs dans le style. La ballade « Here, There And Everywhere » est du pure McCartney de l’époque. Pas de surprise, mais comme toujours une justesse mélodique incomparable. Conçue par McCartney pour faire une chanson pour les enfants, « Yellow Submarine » sera tout naturellement chanté par Ringo Starr dont le timbre convient en plus très bien au côté fanfare populaire du morceau. Le titre est devenu probablement le plus célèbre de l’album et a permis au sympathique batteur d’avoir enfin sa voix sur un classique du groupe. Cependant, ce succès retentissant encore aujourd’hui n’aide sans doute pas à changer l’opinion de ceux qui ne voient en les Beatles qu’un groupe de variété. « She Said She Said », entre ses guitares distordues et ses paroles métaphysiques préfigure bon nombre de titres Rock psychédéliques mais en plus recherché. Le morceau comporte en effet de nombreux changements de signatures rythmiques assemblés par George Harrison qui se passionnait pour cela.

Inspiré par « Daydream » de Lovin’ Spoonful par son style très joyeux et entrainant, « Good Day Sunshine » s’en distingue en mettant en avant le piano de McCartney. C’est aussi l’un des premiers exemple de morceau Pop ayant un côté rétro qui deviendra un autre leitmotive de son auteur. « And You Bird Can Sing » est sans doute un des titres qui se rapprochent le plus de ce que le groupe a déjà fait précédemment, tout comme « Doctor Robert », autre titre Rock assez enlevé de Lennon. La présence de guitare de plus en plus distordues montre cependant que l’on avance dans le temps. Avec ses parties de cor, « For No One » est incontestablement un bijou Pop sur lequel on sent l’influence que le Pet Sounds de Brian Wilson a eu sur McCartney. Mais l’Anglais laisse l’Américain loin derrière et si Pet Sounds avait réussi à dépasser Rubber Soul en terme d’innovations, les Beach Boys n’arriveront jamais à dépasser celles de Revolver, causant l’arrêt du projet Smile et une dépression à Brian Wilson. « I Want To Tell You » est déjà la troisième composition de George Harrison pour l’album et, tout comme « Taxman », on se rend compte que le guitariste a dépassé un cape comme compositeur. Cela dit, ses expérimentations autour de la musique indiennes, si elles furent nécessaires à son évolution comme auteur, ralentirent quelque peu sa production et l’arrivés des dignes successeurs des deux titres Rock présents sur Revolver.

« Got To Get You Into My Life » est ses cuivres joyeux est inspiré par Stevie Wonder. En échange, cet excellent titre de McCartney inspirera Chicago a créer un autre type de Rock avec ensemble de cuivres. Vient enfin le titre mystique de l’album et peut-être son chef d’oeuvre, « Tomorrow Never Knows ». Construit autour d’une note unique, ce titre de Lennon est à la fois notable pour  ses influences orientales (cette fois la musique tibétaine) et pour ses expérimentations. Rire de McCartney passé à l’envers en accéléré pour avoir un son de ‘mouettes’, guitares passées à l’envers, voix enregistrée avec un micro tourbillonnant…etc, ce titre va à lui seul révolutionner l’histoire de l’enregistrement de la musique. On notera également la performance de batterie de Ringo Starr qui, comme sur la majorité des autres titres de l’album, s’éloigne des traditionnels ‘poum-tchak’ des batteurs pour utiliser ses tambours comme un réel instrument mélodique.

Revolver va repousser les limites de la musique Rock. On l’a vu, les Beach Boys ne s’en remettront pas, laissant leur place à la scène psychédélique directement influencée par les divers morceaux de l’album. Les tournées des Beatles non plus ne s’en remettront pas. Le groupe se rend compte que la majorité des titres de l’album sont impossibles à reproduire en live. Cette frustration des limites techniques de l’époque associée à l’insatisfaction de leurs performances dont la qualité va décroissante à cause du bruit terrible du public ainsi qu’à une tension toujours plus grande en tournée (l’Amérique puritaine n’a pas apprécié que Lennon déclare que les Beatles étaient plus populaires que le Christ) va pousser le groupe à arrêter purement et simplement les concerts. A la place, ils pourront se concentrer sur l’évolution de leur musique et allez plus loin, toujours plus loin…

Tracklist:
1. Taxman
2. Eleanor Rigby
3. I’m Only Sleeping
4. Love You To
5. Here, There And Everywhere
6. Yellow Submarine
7. She Said She Said
8. Good Day Sunshine
9. And Your Bird Can Sing
10. For No One
11. Doctor Robert
12. I Want To Tell You
13. Got To Get You Into My Life
14. Tomorrow Never Knows

Musiciens:
John Lennon: Chant, guitare, claviers
Paul McCartney: Chant, basse, guitare, claviers
George Harrison: Guitare, chant, basse, sitar, percussions
Ringo Starr: Batterie, percussions, chant

Producteur: George Martin

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