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Chicago, d’abord, c’est l’un des premiers groupes à comporter dans ses rangs une section de cuivres, influencés par le « Got To Get You Into My Life » des Beatles. A la même époque, le grand Al Kooper fonde Blood Sweat & Tears dans un but similaire. Mais alors que BS&T mêlent à ses influences jazz une influence blues et soul, Chicago va plutôt lorgner du côté de la pop et du funk. Chicago ensuite c’est trois chanteurs compositeurs (même si les cuivres s’y mettront par la suite): Robert Lamm, Peter Cetera et Terry Kath. Le premier est sans doute le compositeur le plus polyvalent (et talentueux) des trois puisque on trouve aussi bien des titres très pop (« Does Anybody Know What Time It Is »), funk (« Woman Don’t Want To Love Me »), des rock bien sentis (« Listen »), du jazz rock (« A Hit By Varese »). Le deuxième est un excellent chanteur (ce qui éclipsa ses talents de bassistes pourtant éloquents sur les premiers albums du groupe), mais hélas il s’est spécialisé dans la ballade insipide qui, comble de malchance, sera le genre pour lequel Chicago se fera le plus connaître (inutile donc de préciser que ce n’est généralement pas du côté des hits du groupe que l’on retrouve les titres les plus intéressants). Enfin, le dernier est un redoutable guitariste, issu de toute cette école américaine géniale (Henry Vestine, Jorma Kaukonen, Harvey Mandel, Mike Bloomfield ou encore John Cipollina) qui sera éclipsée par les tout aussi géniaux guitaristes anglais. Kath souffrira beaucoup de son manque de reconnaissance dû aussi bien à un physique peu avantageux qu’au fait que ce n’est pas sur les hits de Chicago qu’il donne toute la puissance de son jeu (mais allez écouter « Sing A Mean Tune Kid » ou « Poem 58 »).

Chicago, c’est également un groupe qui a toujours voulu coller aux goûts de son époque… Et souvent aux goûts les plus larges possibles. Ainsi, si le premier album Chicago Transit Authority (leur meilleur album à mes yeux) étaient dans le pur esprit de la scène de la fin des années 60 de San Fransisco, dès que le groupe va raccourcir son nom en Chicago, le groupe va peu à peu perdre de son audace musicale pour offrir un rock tinté de cuivres très grand public. Les cuivres justement, qui offrent des arrangements très années 70 sonnant parfois un peu datés, et sont un peu trop envahissant sur certains morceaux gagnant ainsi un côté kitsch qu’ils n’auraient pas eu sans eux. Néanmoins on y trouve de très bonnes choses. De cette période je conseillerais les albums Chicago III, Chicago V et Chicago VI (ce dernier étant justement un album où le groupe voulait se faire plaisir et s’éloigner de leur style commercial pour s’offrir de nombreuses plages instrumentales).

La mort accidentelle du guitariste Terry Kath va fortement ébranler le groupe. Sont apport musicale était énorme et représentait le dernier rempart rock d’un groupe qui basculait lentement mais surement vers la variété (écoutez « Mississipi Delta City Blues » sur Chicago XI, dernier album auquel il a participé. On est loin des sucreries de Cetera). C’est la fin des années 70, grande période disco. Sans embrasser franchement le style, on retrouve des influences sur l’album suivant la mort de Kath, Hot Streets où l’on trouve même les Bee Gees aux coeurs sur un titre (curieusement le plus rock de l’album, « Little Miss Lovin' »). La section cuivre de Chicago ira de son côté jouer chez les Bee Gees. Mais le groupe a de la peine à trouver un remplaçant à Kath, les guitaristes se suivent et la popularité du groupe s’effondre. Le groupe commence alors à faire appel à des compositeurs extérieurs et des musiciens de studio. Ainsi sur Chicago 16 on retrouve des musiciens de Toto comme compositeurs et interprètes (dont Steve Lukather qui apporte des parties de guitares bien senties par moment). Cet album est celui de la transformation de Chicago vers un style ouvertement AOR et le groupe rebondit avec le succès de l’insipide « Hard To Say I’m Sorry » (sauvé par sa partie instrumentale bondissante à la fin). Chicago 17 poursuit ce succès et ce style et deviendra un des gros cartons commerciaux des années 80.

C’est à cette période que Cetera, qui a supplanté Robert Lamm comme leader musical du groupe, quitte le navire pour une carrière solo dans le même style et plutôt fructueuse. Le groupe va encore plus être envahi par les collaborateurs extérieurs, dont l’incontournable et insupportable Diane Warren, pour composer des ballades à succès dans la veine de Cetera. C’est également Bill Champlin guitariste arrivé sur Chicago 17 qui devient la figure centrale du groupe, preuve que celui-ci n’a désormais plus rien à voir avec le Chicago Transit Authority (l’implication de Lamm est à présent nulle, hélas). Tout comme les disques des années 70 étaient très ancrés dans leur époque, ceux des années 80, même s’il présente des titres AOR de qualité, sont également très marqués par leur temps. Mais surtout, contrairement aux disques des années 70, le groupe a perdu toute personnalité. Le groupe est un peu comme Starship, héritier d’un glorieux groupe des années 60-70, mais qui n’a plus rien à voir musicalement avec celui-ci. Les carrières de Chicago et Starship dans les années 80 fut très fructueuse (plusieurs numéros 1 chez chacun), mais tous deux sont aujourd’hui considérés comme has been et kitsch tant ils sonnent « groupes 80’s » sans identité propre.

Aujourd’hui Chicago est comme les Beach Boys, un des groupes à la carrière la plus fructueuse et longue des USA, amputés de membres clés (Dennis et Carl Wilson pour les un, Terry Kath et Peter Cetera pour les autres) et dans des cycles de tournées nostalgies qui malgré la présence du compositeur génial de groupe, mais retraité depuis longtemps (Brian Wilson et Robert Lamm), n’ont rien à envier à la fin de carrière d’un Frank Sinatra ou d’un Perry Como dont ils sont les héritiers pour le meilleur et pour le pire….

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