jojogunne-090431182529Lorsqu’on évoque le Hard Rock américain et ses origines, on pense naturellement à AEROSMITH, KISS, ALICE COOPER, CHEAP TRICK, BLUE OYSTER CULT, voire GRAND FUNK RAILROAD. Ces groupes ont laissé une trace indélébile dans l’Histoire du Hard Rock US en ayant gravé de merveilleux hymnes inoubliables et intemporels. Mais ces combos légendaires ne sont pas les seuls à avoir écrit l’Histoire (et, à fortiori, ses plus belles pages) du Hard Rock américain dans les 70’s. D’autres combos, qui n’ont pas eu la chance d’avoir le même succès, la même reconnaissance, ont eux aussi apporté leurs pierres à l’édifice. Parmi ceux-là, je vais vous parler de JO JO GUNNE, un quartette originaire de Los Angeles qui avait animé la première moitié des 70’s.

En toute franchise, j’ai découvert JO JO GUNNE sur le tard. Durant le premier semestre de l’année 2017, pour être tout à fait précis. Bon, mieux vaut tard que jamais. JO JO GUNNE s’est formé en 1971 sur les cendres de SPIRIT, groupe culte californien qui oeuvrait dans le Rock Psychédèlique, le Rock Progressif et le Jazz-Rock, par l’entremise du chanteur Jay Ferguson et du bassiste Mark Andes (connu pour avoir officié au sein de CANNED HEAT dans les 60’s, puis aux côtés de HEART de 1983 à 1991). La musique que propose JO JO GUNNE n’a rien à voir avec ce que faisait SPIRIT auparavant. En effet, JO JO GUNNE se lance résolument dans le Hard Rock, voire le Boogie-Rock. Officiant en tant que quartette, JO JO GUNNE, dont le nom a été inspiré d’un tube de Chuck Berry (« Joe Joe Gunne ») qui avait fait un joli carton en 1958, sort son premier album éponyme en 1972 sur le label Asylum Records, fondé un an plus tôt par Elliot Roberts (connu pour avoir collaboré un temps avec Neil Young) et un certain David Geffen (et oui !). Le quartette de Los Angeles a également co-produit  son premier effort discographique, en compagnie de Tom Dowd.

Et JO JO GUNNE a, à sa façon, laissé une empreinte dans l’Histoire du Hard Rock/Rock US. En effet, il a anticipé les déferlantes AEROSMITH et KISS en se faisant remarquer grace à « Run Run Run », que beaucoup considèrent comme LE gros tube de l’album, voire même de toute la carrière du quartette. Cette salve Rock n’ Roll Boogie ne dure que 2’36, mais elle se montre terriblement imparable avec sa slide omniprésente, son piano joyeux, mais sans excès, ses relents Sudistes et son refrain Pop et délicieusement enjoué, repris en chœurs. Ce titre, qui est entré dans le Top 10 britannique (à la 6ème place, pour être plus précis) et à la 27ème place du Top 100 US, mérite sa place au Panthéon du Hard Rock US et bénéficie encore, de nos jours, de quelques diffusions sur les stations de radio orientées Classic-Rock. Et, mine de rien, JO JO GUNNE a déblayé le terrain pour les futurs groupes de Hard Rock en provenance de l’Oncle Sam, qu’ils aient émergé dans les 70’s ou dans les 80’s.

Toutefois, il serait totalement injuste de réduire JO JO GUNNE à cette chanson, aussi contagieuse et tubesque soit-elle. Qualifier ce quartette de Los Angeles de one-hit wonder est une conception erronée et, justement, cette chronique est là pour réhabiliter JO JO GUNNE, le faire découvrir à ceux et celles qui n’en auraient jamais entendu parler. Et ce premier essai discographique de JO JO GUNNE contient son lot de titres de premier ordre. Tout d’abord, « Shake That Fat », qui applique plus ou moins la même recette que « Run Run Run », fait taper du pied plus que de raison et met l’accent sur des chœurs insouciants (« na-nana-na… »), ainsi qu’une basse ronronnante comme ce n’est pas permis. Entrainant est le terme qui décrirait le mieux cet album. Ainsi, « Barstow Blue Eyes », un mid-tempo Blues-Rock avec les guitares et le piano bien mis en avant, se révèle comme une oldie à consommer sans modération. On retient particulièrement de « Take It Easy » son refrain enivrant, tandis qu’avec « I Make Love », on plonge en plein dans les racines du Rock Sudiste le plus roots. De Glam, ou plutôt, de proto-Glam US, il est également question sur cet opus avec le Boogie-Rock « 99 Days » et ses chœurs aériens qui y tiennent une place prépondérante, ainsi que « Babylon » qui anticipe un peu ce que sera le (Hard) Rock n’ Roll US pendant la période 1973-75, et ce ne sont pas les KISS, NEW YORK DOLLS et AEROSMITH qui diront le contraire. Le seul titre qui pourrait presque faire figure d’ovni sur ce disque, c’est « Academy Award »: ce mid-tempo Hard bluesy est plus long, plus travaillé que les autres chansons. Il se révèle un chouia plus sombre que le reste de l’album, plus « inquiétant » quelque part, ce qui suscite la curiosité de l’auditeur, même si des passages plus aériens viennent le parsemer.

Au final, ce premier album de JO JO GUNNE, même s’il n’est pas parfait à 100%, fait partie de ces trésors des 70’s qui gagneraient à être redécouverts, d’autant qu’il nous plonge dans les racines du Rock américain. L’ensemble est délicieusement insouciant et son seul tort, peut-être, fut d’avoir été là un peu trop tôt, la vague Hard Rock US ayant déferlé quelques années après. Quoi qu’il en soit, tous les instruments sont fort bien mis en valeur par la production et ceux qui raffolent de la présence du piano sur des disques de Rock seront comblés car cet instrument occupe sur ce disque une place prépondérante. Par la suite, JO JO GUNNE sortira 3 autres albums durant la décennie 70’s, mais ceux-ci ont eu beaucoup moins d’impact (commercialement parlant) et le groupe splittera avant de revenir aux affaires dans les années 2000 avec un album intitulé Big Chain (sorti en 2005), qui a reçu pas mal d’échos positifs. En tout cas, il n’est jamais trop tard pour découvrir de vieux groupes tels que JO JO GUNNE.

Tracklist de l’album:

1. Run Run Run
2. Shake That Fat
3. Babylon
4. I Make Love
5. Barstow Blue Eyes
6. 99 Days
7. Academy Award
8. Take It Easy
9. Flying Home

Musiciens:

Jay Ferguson (chant, claviers)
Matthew Andes (guitare)
Mark Andes (basse)
William « Curly » Smith (batterie)

Producteurs: Jo Gunne + Tom Dowd

Label: Asylum Records

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