0190295825515Les deux premiers albums de Marillion ont imposé ces derniers comme la figure montante du Neo-Prog en Angleterre. Avec ce troisième album, Misplaced Childhood, un album-concept sur le thème de l’enfance perdue, le groupe va passer à la vitesse supérieure tant d’un point de vue de la qualité musicale que du succès commercial. Le groupe change également de producteur, remplaçant Nick Tauber par Chris Kimsey, producteur attitré des Rolling Stones à l’époque. Celui-ci va donner au groupe une puissance et une clarté qu’il n’avait pas encore.

« Pseudo Silk Kimono » nous met tout de suite dans l’ambiance avec cette ritournelle hypnotique et entêtante aux claviers sur laquelle Fish vient poser sa voix superbe, très proche de celle de Peter Gabriel. Les titres des deux faces se succédant sans interruption, ce premier titre se fond dans « Kayleigh », le morceau le plus connu de Marillion. Cette ballade reposant sur les arpèges et accords cristallins de Steve Rothery (lequel nous offrira également un solo gilmourien dont il en a le secret) est emprunte de nostalgie, le dénominateur commun de tout l’album. Sur « Lavender », c’est le piano qui se fait dominant avant que le titre monte en puissance pour se clôturer sur un solo magnifique. Roulements de tambours sur mélodies angoissantes et grandioses aux claviers et à la guitare introduisent  « Bitter Suite », le premier moment vraiment typé progressif de l’album. On oscille entre claviers planants un brin futuristes, solos de guitares mélodieux, rythmes originaux à la batterie, basse ronde et enveloppante. Et puis il y a la voix de Fish qui vient unir le tout. Ne vous attendez pas à headbanguer ici, et si vous espériez le faire, autant arrêter l’écoute de l’album immédiatement car vous allez être déçus. Certes, le rythme s’accélère un peu et la guitare et la batterie se font plus incisives sur « Heart Of Lothian », mais point de rage sonore pour autant. C’est une nouvelle fois Steve Rothery qui est à la fête, guitariste ô combien peu estimé. Peu de guitaristes dans les années 80 sont arrivés à créer des textures sonores aussi riches que lui. Les critiques intellos qui se prosternent devant Johnny Marr feraient bien de donner autant (si pas plus) de considération à son compatriote !

La deuxième partie s’ouvre sur un « Waterhole (Expresso Bongo) » que n’aurait pas renié le Rush de l’époque avec ses rythmes de batteries tribales et ses guitares gémissantes. Sans doute le morceau le plus ‘Hard’ de l’album, mais paradoxalement pas le plus facile d’accès. Le plus mélodique « Lords Of The Backstage » sert de transition à l’autre grand titre progressive de l’album, « Blind Curve ». Celui-ci commence comme du Pink Floyd façon « Confortable Numb », même si Ian Mosey est indiscutablement un batteur plus Hard que Nick Mason. En revanche, les solos de Steve Rothery n’ont rien à envier à ceux de Gilmour. Mais le titre possède quand même la patte Marillion, comme ces arpèges cristallins si caractéristiques ou ce passage calme et sombre où la basse et les percussions dominent avant que tout explose à nouveau dans un feu d’artifice sonore. « Childhoods End? » est le premier titre qui amène de l’espoir et de la légèreté et alterne des passages Pop/Rock avec des moments plus Hard Rock (si, si). « White Feather » continue sur  une note d’optimisme et nous emmène à la fin de ce voyage sonore de fort belle manière.

Comme souvent avec Marillion, l’album est une véritable bulle sonore qui nous fait quitter l’espace-temps durant son écoute. En ce sens, Misplaced Childhood pourrait bien être l’archétype des albums de Marillion. Si les figures dominantes semblent bien être Fish et son chant mélodique ainsi que Steve Rothery, véritable artisan de la dentelle à la guitare, on ne pourrait négliger le reste du groupe. Les claviers de Mark Kelly nous offrent des ambiances tantôt sombres, tantôt lumineuses, tantôt futuristes,  tantôt un peu kitsch (années 80 obligent) ; Pete Trewavas est un bassiste extrêmement mélodique et qui pourtant a compris que sa basse devait soutenir et enrichir le travail de ses collègues et non pas essayer de s’imposer en lutant contre eux ; Ian Mosley est un batteur à la frappe lourde qui malgré tout sait se faire subtile lorsque le morceau le demande. Oui, cette formation du groupe était bien la formation ultime, et si elle n’a duré que trois albums, ce qu’ils nous ont laissé reste inégalé dans l’histoire de Marillion. Un chef d’oeuvre !

Tracklist:
1. Pseudo Silk Kimono
2. Kayleigh
3. Lavender
4. Bitter Suite
5. Heart Of Lothian
6. Waterhole (Expresso Bongo)
7. Lords Of The Backstage
8. Blind Curve
9. Childhoods End?
10. White Feather

Musiciens:
Fish: Chant
Steve Rothery: Guitare
Mark Kelly: Claviers
Pete Trewavas: Basse
Ian Mosley: Batterie

Producteur: Chris Kimsey

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