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En remplaçant Eric Clapton au sein du groupe de John Mayall, les Bluesbreakers, Peter Green est devenu le nouveau Guitare Hero en vu de la scène britannique.  Et c’est assez naturellement qu’il décide à son tour de former son propre groupe avec Mick Fleetwood, le batteur des Bluesbreakers. Les deux hommes ont envie d’emmener également avec eux le bassiste, John McVie, mais celui-ci est peu enclin à quitter la sécurité que lui offre le groupe de Mayall.  Espérant le convaincre, Green et Fleetwood nomment leur groupe Fleetwood Mac et engagent le guitariste Jeremy Spencer et le bassiste Bob Brunning. Après quelques semaines d’hésitation, McVie finit par franchir le pas et les rejoint et Brunning part chez Savoy Brown. En 1968, Fleetwood Mac sort son premier album, Fleetwood Mac. Un pur produit blues dans la tradition de ce que faisait les Bluesbreakers, entre les compositions de Green et celles de Jeremy Spencer et des reprises de Robert Johnson et Elmore James. L’album est très apprécié en Grande Bretagne où il monte dans le top 5 des meilleurs ventes. Suit également le single « Black Magic Woman » qui ne remporte qu’un succès d’estime (avant d’être repris plus tard par Santana).

Sur l’album suivant, Mr Wonderful, le groupe continue leur hommage au blues des années 50 en invitant une section cuivre, mais aussi une pianiste, Christine Perfect, qui deviendra bientôt la femme de McVie. Le son de l’album apparait aujourd’hui comme assez daté comparé à ce que Cream ou Led Zeppelin, qui proposaient une version plus moderne du blues, offraient à la même époque. Cela n’empêche pas l’album de se vendre très honorablement tandis que « Stop Messin’ ‘round », qui semble être un vieux standard de blues mais qui est en fait une composition de Peter Green, s’impose comme un classique pour les amateurs du style. Lassé que Jeremy Spencer ne soit pas intéressé par ses compositions, Peter Green décide d’engager un troisième guitariste. Ce sera Danny Kirwan, un prodige de 18 ans que Green a pris sous son aile depuis quelques mois. Avec sa venue, Fleetwood Mac prend une autre dimension, se fait plus audacieux tandis que Green et Kirwan se lancent en live dans des duels à couper le souffle. Le groupe s’éloigne également du blues un peu poussiéreux qu’ils jouaient jusqu’alors pour trouver véritablement son style. Un blues aérien, en parfaitement opposition que le Hard blues de Cream, Led Zeppelin ou Jeff Beck. « Albatross », un instrumental planant sera un énorme succès en Angleterre, devient numéro un.  « Man Of The World », une ballade chantée par Green sera elle numéro deux.

Fleetwood Mac semble un des groupes les plus prometteur du Royaume Uni, ce qui se confirme avec le single « Oh Well », un titre en deux partie, l’une qui est un rock plutôt hard porté par les solos de Kirwan et les riffs des Green, l’autre qui est un instrumental à consonance hispanique. L’album Then Play On arrive ensuite pour conformer la parfaite maitrise de son art par Fleetwood Mac. Plus une seule reprise cette fois, que des originaux de Green et Kirwan dans un style propre à celui qui se faisait en cette fin des années 60. On retiendra notamment le très bon « Rattlesnake Shake » de Peter Green. Bien que toujours membre du groupe, la participation de Jeremy Spencer est quasi nulle à ce stade. En 1970, le groupe sort un nouveau single, « The Green Manalishi (With The Two-Pong Crown) » qui est un nouveau succès, mais c’est le moment que choisi Peter Green pour quitter le groupe. Le guitariste souffre de troubles mentaux et commence à être fatigué de son statut de rock star et de leader. Pour le groupe c’est un choc, Green était le compositeur principal mais surtout l’image de Fleetwood Mac, la personnalité charismatique qui attirait le public.

Preuve en est l’échec de « Dragonfly », le premier single suivant le départ de Green, un instrument planant dans la lignée d’ »Albatross », composé par Danny Kirwan. Le départ de Green a cependant comme bienfait de rapprocher Spencer et Kirwan. Ensemble, ils composeront l’album suivant, Kiln House, un très bon album qui est la suite logique de Then Play On. Mais malgré de très bons titres comme « Station Man » ou « Tell Me All The Things You Do », l’album passe inaperçu et reste à réhabiliter d’urgence. Un nouveau coup frappe le groupe lorsqu’en pleine tournée, Jeremy Spencer quitte le groupe pour rejoindre une secte. Peter Green rejoindra brièvement le groupe pour les dépanner et finir la tournée.

Pour remplacer Spencer, Fleetwood Mac engage un guitariste américain, Bob Welch, tandis que Christine Perfect (désormais Christine McVie) rejoint officiellement le groupe comme pianiste et chanteuse. Future Games est principalement dominé par les compositions de Kirwan qui continue le style engagé sur le dernier album avec Peter Green, comme sur « Sands Of Time ». Mais il manque à l’album un titre fort. Et si Danny Kirwan est un excellent guitariste et un bon compositeur, il n’a pas le charisme d’un Peter Green. Tout cela nuit au succès de l’album qui ne marquera pas vraiment les esprits. Christine McVie et Bob Welch s’imposent davantage comme compositeurs sur l’album suivant, Bare Trees, mais à nouveau aucun titre ne sortira du lot, même si les titres signés Kirwan offrent toujours de superbes parties guitares comme sur « Child Of Mine ». Hélas Kirwan a commencé à devenir ingérable. Lunatique, il prend ses distances avec le groupe quand il ne se dispute pas avec eux au point que Mick Fleetwood n’a d’autres choix que de le renvoyer. Il est remplacé par le guitariste Bob Weston et le chanteur Dave Walker (qui partira très rapidement).

Bob Welch s’impose véritablement comme le frontman du groupe, disposant d’une bonne voix et compositeur compétant, il mène Fleetwood Mac sans arriver malgré tout à leur faire retrouver le succès de l’ère Green en Angleterre. Cela n’empêche pas Penguin d’être, en 1973, leur album qui se vend le mieux aux USA depuis les débuts du groupe, puisqu’il entre (de justesse) dans le Top 50. Désormais, Fleetwood Mac comprend qu’il leur faut viser le marché américain. Si Mystery To Me se vend un peu moins bien, Heroes Are Hard To Find, qui voit Bob Welch devenir le seul guitariste du groupe après le départ de Bob Weston, confirme la monté de la popularité de Fleetwood Mac aux USA, même si le groupe n’a encore sorti aucun titre à succès. Déçu de voir que malgré tous ces efforts la carrière du groupe n’a jamais eu le succès escompté, Bob Welch décide de jeter l’éponge.

Pour le remplacer, Mick Fleetwood pense à un jeune guitariste qui lui a tapé dans l’oeil, Lindsay Buckingham du duo Buckingham/Nicks. Ce dernier accepte de les rejoindre, à la seule condition que sa petite amie et partenaire, Stevie Nicks, soit de la partie. Fleetwood accepte et c’est cette nouvelle formation qui sort Fleetwood Mac en 1975. Le nom du groupe, une nouvelle fois, comme un nouveau départ. L’album est un énorme succès, particulièrement grâce aux titres des deux chanteuses du groupe, « Rhiannon » de Stevie Nicks et « Say You Love Me » de Christine McVie. On retiendra également « I’m So Afraid » de Lindsay Buckingham qui y prouve ses talents de guitariste. Mais ce succès soudain n’est pas sans conséquence sur le groupe et les deux couples se séparent et se déchirent pendant la tournée. Alors que le groupe a enfin accédé à la célébrité, tout semble perdu.

Et pourtant le groupe tient bon. Extériorisant leurs frustrations dans leurs compositions, Nicks, Buckingham et Christine McVie offrent pour leur nouvelle album certaines de leurs meilleurs titres. « Dreams », « Gold Dust Woman », « Go Your Own Way », « The Chain », « You Make Loving Fun » et « Don’t Stop ». Autant de succès qui feront de Rumours le carton de la décennie. Après cela difficile de faire aussi bien. Lindsay Buckingham, qui est devenu le leader musical du groupe, n’a pas l’intention de faire un Rumours 2 et propose de sortir un double album plus expérimental. Cependant, lorsque Tusk sort en 1979 il déçoit beaucoup de monde. Certes l’album se vend bien (loin, très loin, des chiffres de Rumours, mais il était impossible de réitérer un tel succès), il offre au groupe quelques nouveaux tubes (« Tusk » et « Sara »), mais globalement l’album déçoit et il faut avouer que le niveau général n’est pas atteint. Le groupe est fatigué et vidé par les crises qu’ils traversent en tant que groupe et en tant qu’individus. Ce sera un coup dur pour Buckingham qui s’était tellement investi dans sa production.

Fleetwood Mac décident alors de prendre une petite pause. Le temps pour Stevie Nicks de réaliser un album solo, Bella Donna, qui sera un franc succès, et pour Buckingham de faire de même mais sans arriver au même résultat, ce qui n’arrangera rien dans la relation entre les deux anciens amants. Le groupe se retrouve pour Mirage, un album plus conventionnel, mais qui malgré son succès ne marquera pas vraiment les esprits malgré quelques bons titres comme le « Gypsy » de Stevie Nicks. Cette dernière continue avec succès sa carrière solo tandis que Christine McVie commence la sienne qui remporte également une certaine notoriété. Celle de Buckingham, elle, continue à décevoir sur le plan commercial. Finalement, en 1987, six ans après le dernier album, le groupe se reforme pour sortir Tango In The Night. L’album est un retour en force notamment avec le titre « Little Lies » de Christine McVie et « Big Love » de Buckingham. Mais les tensions perdurent et Buckingham décide de quitter le groupe.

Il est remplacé par les guitaristes Billy Burnette et Rick Vito. Fleetwood Mac teste cette nouvelle formation sur scène puis en sortant deux inédits sur une compilation. Un album suit, Behind The Mask, qui n’est pas trop mal accueilli, mais qui marque un net déclin de popularité du groupe. Suite à la tournée, Stevie Nicks et Rick Vito quitte le navire. Ils sont remplacés par Bekka Bramlett et, plus curieusement, par l’ancien guitariste de Traffic, Dave Mason. L’album Time sort dans une certaine indifférence, malgré la qualité de certains titres, en particulier le « Blow By Blow » de Dave Mason. Devant l’échec de l’album, le groupe se sépare.

Deux ans plus tard, cependant, la formation de Rumours se reforme pour un album live The Dance qui est un énorme succès. Galvanisé, le groupe décide de continuer, sauf Christine McVie qui quitte le groupe en 1998. Un nouvel album sort en 2003, Say You Will, qui remporte un grand succès. Depuis, le groupe a tourné de manière épisodique, avec le retour de Christine McVie en 2014. Des rumeurs d’un nouvel album se firent à nouveau entendre, mais si au final, devant la réticence de Stevie Nicks à y participer, ce fut un album de collaboration entre Buckingham et Christine McVie. Depuis, le guitariste et chanteur s’est vu présenté la porte par Mick Fleetwood et remplacé par Mike Campbell des Heartbreakers de Tom Petty et par Neil Finn. Comme quoi, même avec des membres entrés dans le troisième âge, la carrière de Fleetwood Mac refuse à être un long fleuve tranquille.

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