journey1975Il peut paraître étonnant, avec plus de quarante ans de recul et des millions d’albums vendus au compteur, de constater à quel point les débuts de Journey semblaient manquer d’ambition. Formé comme une bande de mercenaires proposant leurs talents aux artistes les plus offrants, le groupe est un peu la création du manager Herbie Herbert. L’homme a connu Neal Schon et Gregg Rolie alors qu’il travaillait comme roadie pour leur patron d’alors : Carlos Santana. Nous sommes alors en 1973, à San Francisco, et ce groupe qui deviendra Journey est complété par le bassiste Ross Valory et son ami guitariste George Tickner, deux musiciens qui jouaient ensemble dans le même groupe, Frumious Bandersnatch, dont Herbie Herbert était l’agent. A cette époque, la batterie était confiée à Prairie Prince, qui sera remplacé par Aynsley Dunbar lorsqu’il partira rejoindre The Tubes.

L’envie de créer ne tardera toutefois pas à titiller la bande de Schon et Rolie, et en 1974, le groupe est remarqué par le label Columbia. Le premier album sort un an plus tard, et si le premier single qui en est extrait — le joyeux « To Play Some Music » — n’est ni le mieux choisi, ni le plus représentatif du style du groupe, l’album, lui, commence de la plus convaincante des manières avec « Of A Lifetime », un morceau assez atmosphérique, mélancolique et surtout extrêmement accrocheur pour un titre de près de sept minutes.

Hélas, tout n’est pas dans la même veine sur ce disque, et c’est un euphémisme, car « Of A Lifetime » n’est pas vraiment suivi d’effet. Si la suite est loin d’être indigne, ce titre est à l’évidence le plus abouti de l’album, ou du moins l’un des plus accessibles malgré une structure relativement complexe. On est toutefois loin de l’esprit aventureux rencontré sur les deux longs instrumentaux de l’album, « Kohoutek » et « Topaz » qui en mêlant rock progressif et jazz fusion, pouvaient facilement dérouter le public qui, quelques années plus tard, sera séduit par les mélodies canons sur lesquelles Journey a fondé son image de marque dans les années 80.

La ballade « In The Morning Day » commence assez sagement, mais comme il en a pris l’habitude, le groupe ne résiste pas à la tentation d’y glisser une rupture, ici assez dissonante, suivie d’une sorte de bœuf aux accents rhythm & blues en guise de longue mais assez jouissive conclusion. Sur le même mode, l’autre ballade « In My Lonely Feeling / Conversations » commence comme un blues et s’étire peu à peu vers quelque chose de plus aventureux, un final instrumental teinté de jazz et de progressif cette fois. Plus accessible, le rock « Mystery Mountain » donne un peu de respiration à ce disque, en fin d’écoute, avec en prime un solo de guitare long mais pas du tout indigeste.

A l’évidence, avec un menu comme celui-là, et même dans le contexte d’une décennie plus ouverte aux expérimentations que la suivante, il semblait peu probable que Journey rencontre un large public avec un album de ce type. Loin d’être raté cependant, ce disque comme les deux suivants mérite qu’on lui accorde une oreille attentive, et d’autant plus que son âge lui donne désormais une patine tout à fait plaisante pour qui est un tant soit peu porté à la nostalgie.

Tracklist :
01. Of A Lifetime
02. In The Morning Day
03. Kohoutek (instrumental)
04. To Play Some Music
05. Topaz (instrumental)
06. In My Lonely Feeling / Conversations
07. Mystery Mountain

Musiciens :
Gregg Rolie : chant, clavier
Neal Schon : guitare, chœurs
George Tickner : guitare, chœurs
Ross Valory : basse, chœurs
Aynsley Dunbar : batterie

Producteur : Roy Halee

Label : Columbia

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