eagles1979Pour ce sixième album, les Eagles se paraient des couleurs du deuil, comme présentant une fin imminente qui n’allait pas manquer de se produire. Musiciens arrivés au bout d’eux-mêmes, épuisés par les tournées, les excès et sans doute aussi pervertis par le succès gigantesque du précédent album, le groupe phare de la fin des années 70 avait d’abord les yeux plus gros que le ventre. Entrés en studio dès 1977, les Eagles prévoyaient d’abord de réaliser un double album. Projet avorté face à leur incapacité à composer suffisamment de morceaux dignes de succéder à l’indépassable « Hotel California ».

Deux ans après le départ de Bernie Leadon, le groupe avait encaissé une nouvelle défection de taille avec le départ de Randy Meisner, parti retrouver le calme en famille dans son Nebraska natal, usé qu’il était par le climat délétère qui régnait au sein du groupe, et un peu poussé par les tauliers des Eagles, suite à un conflit qui l’avait opposé à Glenn Frey. Le choix de remplacement se porte sur Timothy B. Schmit, qui avait déjà succédé à Meisner dans Poco, lorsque ce dernier était parti fonder les Eagles. Choix naturel, au fond, et qui s’avérera être la meilleure solution possible.

Le bassiste venait avec une chanson déjà bien avancée dans ses bagages. Une chanson qui deviendra un gros succès du groupe : la ballade westcoast « I Can’t Tell You Why », ouatée et mélancolique, est un petit bijou dans le genre.

Pour le premier single tiré de l’album, Frey et Henley se font aider d’un vieux partenaire d’écriture : J.D. Souther auquel se joint non pas Jackson Browne comme au temps des premiers albums, mais Bob Seger. L’association fait mouche, et « Heartache Tonight », sur fond de rhythm & blues, devient tout à la fois un succès des Eagles, et un avant-goût de ce que seront les premiers pas solitaires de Glenn Frey.

Autre succès de l’album, « The Long Run », qui sur fond de rhythm & blues, une fois encore, renoue aussi quelque peu avec la country rock des débuts au moyen des interventions de la guitare slide de Joe Walsh.

La critique ne sera pas très tendre avec ce disque qui, bien qu’un peu inégal, recèle bon nombre de morceaux figurant parmi les meilleurs du répertoire des Eagles, à l’image du trop méconnu « King Of Hollywood », mid-tempo nébuleux chanté par Henley et Frey, et enrichi d’une succession de solos des trois guitaristes du groupe dans une belle intensité.

Plus en retrait, Joe Walsh et Don Felder apportent trois contributions : le premier avec un titre déjà enregistré en solo pour les besoins d’un film : « In The City », titre très similaire à ce que produisait le guitariste sur ses albums personnels. Felder, quant à lui, s’inspirait des rythmiques disco – genre honni par les membres des Eagles – pour charpenter un morceau rock assez intéressant, bien qu’un peu trop dépouillé peut-être : « The Disco Strangler ». Le guitariste inspirait aussi le titre « Those Shoes » et probablement le judicieux usage qu’il fait avec Walsh de l’effet « talk-box ».

Si les deux premiers tiers de l’album ne manquent pas d’intérêt, peut-on en dire de même de la suite ? Sans doute pas. A l’exception de « The Greeks Don’t Want No Freaks » (titre loufoque qui annonce un peu le futur « Johnny Can’t Read » de Don Henley), aucun titre ne semble véritablement en trop, mais on peine un peu plus à retenir « Teenage Jail », sorte de blues lourd et minimaliste. Quant à « The Sad Cafe », cette chanson s’inscrit dans la tradition des ballades interprétées par Don Henley, sans pour autant atteindre à la beauté d’un « Desperado » ou « The Last Resort ».

Reste néanmoins un disque qui ne méritait certainement pas d’être boudé. Le public ne s’y trompera d’ailleurs pas. « The Long Run » ne sera certes pas de taille à se mesurer aux scores de l’illustre « Hotel California », mais ses plus de sept millions d’exemplaires vendus aux États-Unis feraient tout de même rêver plus d’un groupe.

Tracklist :
01. The Long Run
02. I Can’t Tell You Why
03. In The City
04. The Disco Strangler
05. King Of Hollywood
06. Heartache Tonight
07. Those Shoes
08. Teenage Jail
09. The Greeks Don’t Want No Freaks
10 The Sad Cafe

Musiciens :
Don Henley : chant, batterie, percussions, chœurs
Glenn Frey : chant, guitare, clavier, chœurs
Don Felder : guitare, orgue, chœurs
Joe Walsh : chant, guitare, clavier, chœurs
Timothy B. Schmit : chant, basse, chœurs
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Jimmy Buffett : chœurs
The Monstertones : chœurs
David Sanborn : saxophone

Production : Bill Szymczyk

Label : Asylum