journey2001Joie de courte durée que la reformation de Journey autour de Steve Perry en 1996. D’abord, le fruit de cette réunion — « Trial By Fire » — s’avérait fort décevant, mais en plus, le public américain du groupe n’aura pas même eu l’occasion de revoir ce joli monde réuni sur scène, les plans de tournée ayant été ruinés par une blessure à la hanche dont souffrait Steve Perry. C’est du moins le prétexte que le chanteur avancera pour renoncer à partir sur les routes avec ses partenaires. A situation inextricable, solution radicale : un nouveau divorce entre Steve Perry et le groupe entraînait des dégâts collatéraux. Le batteur Steve Smith, estimant que Journey sans Perry n’est plus vraiment Journey, choisit également de prendre le large.

Si un batteur ne semble a priori pas trop difficile à remplacer (Schon et Cain feront appel à leur ancien partenaire dans Bad English : Deen Castronovo), trouver un remplaçant à Steve Perry est une affaire autrement plus délicate. Après quelques idées baroques (Geoff Tate de Queensrÿche aurait été un temps envisagé), c’est finalement un chanteur assez peu connu, et qui s’était qui plus est rangé des voitures, qui sera appelé à la rescousse. Steve Augeri (ex-Tall Stories et Tyketto) ne partage pas seulement un prénom avec son illustre prédécesseur, son timbre est aussi très proche de celui de Steve Perry. Le nouveau chanteur est sans doute le meilleur choix que Journey pouvait imaginer pour tenter de donner une suite cohérente à la discographie du groupe, mais restait encore à composer de meilleures chansons que la plupart de celles qui avaient été enregistrées sur « Trial By Fire ».

Le premier titre révélé au public sera un morceau enregistré en 1998 pour la bande originale du film « Armageddon ». Ballade sans grand intérêt, « Remember Me » n’était pas spécialement rassurante sur le degré d’inspiration de Jonathan Cain et Neal Schon, ce malgré le coup de main apporté par Jack Blades (Night Ranger), qu’on avait lui aussi connu en bien meilleure forme. On retrouve ce trio dans les crédits de « Higher Place », le premier titre de « Arrival », et force est de reconnaître que la mélodie accroche beaucoup mieux l’oreille. Très bonne chanson, on regrettera tout juste quelques choix de production, et particulièrement un son de batterie un peu trop sec.

« Arrival » serait-il un meilleur cru que « Trial By Fire » ? Oui, indiscutablement, mais pour autant, l’album n’est pas exempt de défauts. Ceux-ci sont essentiellement dû à un penchant regrettable pour le remplissage, hélas caractéristique nos temps. Mais 15 titres, est-ce bien raisonnable, surtout à ce moment d’une carrière ?

Outre le premier titre, on retiendra quand même deux ou trois autres titres réellement forts : pour commencer, « Signs Of Life », malgré un refrain aérien assez classique, nous offre des moments assez touchants dans ses couplets. « To Be Alive Again » est aussi de ceux-là. Il s’agit d’un titre qui tient la comparaison avec les meilleures chansons du répertoire de Journey, et qui paraît qui plus est assez fidèle à l’esprit des années 80. On ne s’étonnera pas de trouver dans les signatures le nom d’Eric Bazilian, co-leader de The Hooters, associé entre autres à Steve Augeri et Jonathan Cain. Ce hit en puissance est suivi par un autre moment fort de ce disque : la superbe ballade « Kiss Me Softly », avec son refrain enflammé, ne fait pas tellement pâle figure comparé à un classique comme « Send Her My Love ». Ici, nous retrouvons à la manœuvre Jack Blades qui l’a composée avec Jonathan Cain, et une fois de plus Steve Augeri qui, déjà du temps où il chantait dans Tall Stories avait contribué à l’écriture de chansons remarquables.

Moins convaincante, mais pas inintéressante pour autant, avec quelques parties assez rock, « All The Things » tente d’opérer une modernisation de la musique de Journey. On retrouve cette approche notamment sur les couplets de « Live & Breathe », qu’on peut ranger parmi les bons moments de l’album.

Ces chansons sont en tout cas plus convaincantes que « World Gone Wild », qui tente de recycler les lignes mélodiques de « Separate Ways » d’une manière assez maladroite. Ce titre fut ajouté à la dernière minute sur la version américaine de l’album, comme « Nothin’ Comes Close », dans l’idée de rééquilibrer le disque qui contient, comme le précédent, beaucoup de ballades.

Dans l’ensemble, cependant, ces ballades sont plus intéressantes que celles de « Trial By Fire ». C’est le cas de « Loved By You », chanson romantique qui ne sombre pas dans la caricature, et que l’interprétation de Steve Augeri met parfaitement en valeur. On fait le même constat sur « Livin’ To Do », autre tempo lent trempé cette fois dans le blues. On sera plus circonspect en écoutant « All The Way », « With Your Love » ou encore « Lifetime Of Dreams » qui ont tendance à retomber dans les travers de « Trial By Fire » : mélodies trop faciles et un brin de mièvrerie…

On peut regretter que le groupe n’ait pas su faire des coupes franches dans la sélection des titres, car réduire ce disque à une dizaine de morceaux en aurait certainement accru l’impact. Il reste tout de même un album plus convaincant que le précédent, et le sentiment que, s’il ne fait pas oublier Steve Perry, son remplaçant a tout de même réussi un exploit qui n’est pas mince : se faire accepter, et même, apprécier.

Tracklist :
01. Higher Place
02. All The Way
03. Signs Of Life
04. All The Things
05. Loved By You
06. Livin’ To Do
07. World Gone Wild
08. I Got A Reason
09. With Your Love
10. Lifetime Of Dreams
11. Live And Breathe
12. Nothin’ Comes Close
13. To Be Alive Again
14. Kiss Me Softly
15. We Will Meet Again

Musiciens :
Steve Augeri : chant
Neal Schon : guitare, chœurs
Jonathan Cain : clavier, guitare, chœurs
Ross Valory : basse, chœurs
Deen Castronovo : batterie, chœurs

Production : Kevin Shirley

Label : Columbia

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