tourdeforce2000On ne sait finalement pas grand chose de Tour de Force. Le groupe est semble-t-il originaire de New York où il se serait formé vers le milieu des années 80. Une démo de 7 titres circule sur cassette en 1988 (tous repris sur « World On Fire » en 1995), mais le groupe ne sort son premier album qu’en 1993 chez Active Records, un disque qui évoquait parfois Y&T ou Extreme par certains côtés. La suite de la discographie, ce sont deux disques qui ressemblent plus à des compilations d’inédits tant leur style et même leur production semblent souvent antérieurs au premier album. « World On Fire » est édité en Europe sur le défunt label Long Island en 1995, et gagne le respect de beaucoup d’amateurs d’AOR qui en font, un peu généreusement, un incontournable. Le disque contient de bons morceaux, certes, et il révèle un chanteur qui aurait mérité plus d’égards, mais il est à mon avis trop inégal pour faire figure d’indispensable. Il faut dire qu’il contient 16 titres (et même 17 sur l’édition japonaise), le label ayant semble-t-il plus privilégié l’exhaustivité à la sélectivité.

On pouvait en tout cas penser que Long Island avait raclé tous les fonds de tiroir, mais voilà qu’en 2000 Kivel Records balançait 13 titres supplémentaires sur un disque dont le titre, au moins, levait le doute sur sa provenance. « Unreleased » est en effet une compilation d’inédits qui pourraient bien, pour certains au moins, être encore antérieurs à ceux de « World On Fire ». C’est en tout cas l’impression que laisse assez clairement « Stand Up », un morceau représentatif de ce que Tour de Force pouvait faire de mieux, comme ils l’avaient déjà démontré avec le titre d’ouverture du premier album (si nous ne devions retenir qu’un titre de ce disque, ce serait bien « Flesh »). Avec « Stand Up », nous sommes dans un registre assez clairement « pomp rock », tirant sa force d’une approche mélodique basée sur l’emphase. Voyage dans le temps, puisque qu’on se croirait revenu parfois même à une époque où le groupe n’existait pas encore, dans les années fin 70, tout début 80. Une impression principalement due à l’utilisation d’un clavier assez typique du genre pomp rock de l’époque, avec parties solistes récurrentes. La guitare reste toutefois bien présente, et la voix de Chali Cayte accomplit le reste du travail pour faire de ce titre l’une des plus grandes réussites du groupe.

D’ailleurs, parlons un peu du chanteur, puisqu’il est loin de laisser indifférent, avec son timbre qu’on pourrait situer quelque part entre Dave Meniketti, David Lee Roth (flagrant sur certains passages de « All Nite Long ») et même parfois Sammy Hagar pour ce qui est du timbre. Avec les belles harmonies vocales qui le soutiennent, le chant de Chali Cayte est un des points forts de Tour de Force.

On retrouve le pomp rock du titre d’ouverture avec un peu moins de réussite sur « Lies », la faute à des arrangements un peu maladroits, qui font apparaître un clavier un peu envahissant, qui nous rappelle les fréquents excès d’un Gregg Giuffria. Cependant, sur l’ensemble de l’album, si l’instrument est parfois mis en avant, la guitare n’est jamais étouffée pour autant, comme on peut également le constater sur « On The Edge ».

Depuis ses débuts, Tour de Force cultive une certaine ambiguïté : une dégaine de groupe de hard US, un style capable de taper dans le hard rock mais lorgnant beaucoup plus souvent du côté de l’AOR. C’est d’ailleurs plus de ce côté qu’on ira chercher les références de « Unreleased » , un AOR dynamique et souvent assez costaud porté par la voix puissante de Chali Cayte (le très accrocheur « All Nite Long », « On My Way », « City Nites », « Diana », ou encore « Can’t Change » avec ses petits airs de Night Ranger).

On trouve parfois quelques variantes comme sur « Over ‘n’ Over » qui combine passages vaguement progressifs et hard rock, qu’on retrouve un peu sur la power-ballad « Roads ». Sur « Back To Basics », c’est un cocktail de différents éléments, qui vont du hard rock (principalement dans le chant sur certains passages des couplets) à l’AOR (sur le refrain), en passant par le pomp rock en ce qui concerne les chœurs.

Autrement dit, cette compilation d’inédits ne manque pas de variété, mais sans pour autant paraître particulièrement décousue. On peut même se demander si ce troisième et dernier disque de Tour de Force n’est pas tout simplement le plus homogène de tous, ou plutôt, devrais-je dire, le moins hétérogène.

Tracklist :
01. Stand Up
02. All Nite Long
03. On My Way
04. Diana
05. Over ‘n’ Over
06. City Nites
07. Roads
08. Can’t Change
09. Lies
10. Take My Love
11. Back To Basics
12. Can’t Wait
13. On The Edge

Musiciens :
Chali Cayte : chant
Alex Salz : clavier, guitare, chœurs
Christian Palladino : guitare, chœurs
Bill Froehlich : basse, chœurs
Billy Pauly : batterie, chœurs

Label : Kivel Records