126238_mediumSixième album de Supertramp mais quatrième de ce qu’on est en droit d’appeler le ‘vrai Supertramp’ (à savoir avec l’inclusion de Siebenberg, Helliwell et Thomson au noyau de base Hodgson et Davies), Breakfast In America va signifier le point culminant de la carrière du groupe. Et ce tant sur le plan commercial que musicale. Difficile, pour commencer, de ne pas parler de cette pochette mythique et hilarante qui parodie l’île de Manhattan, depuis la serveuse truculente en Statue de la Liberté jusqu’à la vaisselle représentant les célèbres buildings. Le ton est donné, Breakfast In America sera un album ‘fun’. ‘Fun’, oui, mais pas non plus dépourvu d’une certaine mélancolie. C’est que le Supertram de ces années-là (entre 1974 et 1982, celles que j’ai un peu abusivement pour certains qualifié de ‘vrai Supertramp‘) est maître en matière d’équilibre. Equilibre entre ‘fun’ et mélancolie, donc ; équilibre entre mélodies Pop accrocheuses et aspirations de grandeurs façon Rock progressif ; équilibre surtout entre les personnalités de Roger Hodgson et Rick Davies, cause de tous les autres grands écarts, entre lesquelles un fossé ne cesse de s’accroître. Musicalement, Breakfast In America poursuit donc le style initié avec Crime Of The Century, le faisant atteindre sa maturité.

C’est assez logiquement que les claviers si caractéristiques du groupe montent progressivement pour un « Gone Hollywood » qui frappe tout de suite juste. Les voix de Hodgson et Davies se mélangent pour raconter l’histoire de cet acteur qui galère à conquérir Hollywood. Chaque instrument, chaque effet est à sa place, que ce soit le saxophone mélancolique de John Helliwell, la guitare d’Hodgson, entre riffs puissants (pour du Supertramp) et solos mélodiques, les claviers magiques de Davies. Si le morceau n’eut pas la destinée des tubes de l’album, il fait partie dans grands titres de Supertramp. On ne présente plus « The Logical Song » et ses accords au piano électrique Wurlitzer, instrument indissociable du son du groupe. La voix aigüe nous prend par la main pour ce bijou Pop irrésistible. Il demeure le plus grand succès single de Supertramp et cela est parfaitement mérité. « Goodbye Stranger » commence comme une gentille chansonnette au piano qui se transforme rapidement en titre Pop/Rock entraînant. C’est cette fois Davies seul qui est au chant, même si le refrain qu’il chante en falsetto pourrait faire penser que Hodgson le rejoint. Encore un tube pour le groupe, même si cette fois surtout en Amérique. L’inverse arriva à « Breakfast In America » qui fut grand tube en Europe. Il est probable que les Américains furent assez perplexe par cette fanfare-Pop un peu balourde mais carrément géniale. Qui plus est, il s’agissait d’une critique – amicale – de leur sacro-saint pays… Pour ma part, ce titre fut mon premier contact avec Supertramp et je dois dire ne pas y avoir accroché plus que ça: mon truc à l’époque c’était le Rock, pas la fanfare. De plus je ne comprenais pas qui était cette femme qui chantait alors que la formation du groupe n’indiquait que des hommes. Evidemment, cette femme, c’était Roger Hodgson, et ce n’est que quelques années plus tard que j’ai accepté de poursuivre ma découverte du groupe grâce à un ami superfan qui se reconnaîtra… Est-il utile de vous dire que je ne l’ai pas regretté ?

Sur « Oh Darling », la Pop de Davies prend de discrètes intonations de Soul. Comme « Goodbye Stranger », il montre que Davies était tout aussi capable qu’Hodgson de créer des mélodies accrocheuses (il se chuchote d’ailleurs que Davies aurait aidé à la composition de la ligne de chant de « Logical Song »…). « Take The Long Way Home » et son harmonica fantomatique est le quatrième tube de l’album. Du grand Roger Hodgson, encore une fois. Peut-être un peu plus nostalgique que ses deux compositions précédentes (« Logical Song » et « Breakfast In America ») et c’est peut-être ce qui en fait ma préférée de l’album avec « Gone Hollywood ». Bien qu’assez mignonne, la ballade « Lord Is It Mine » n’est pas le morceau le plus marquant de l’album et ce malgré une montée vers le refrain plutôt réussie. « Just Another Nerveux Wreck » est également un morceau sympathique, cette fois de Davies, mais en revanche « Casual Conversations » est un morceau Soft Rock qui manque trop de personnalité pour du Supertramp. Heureusement, « Child Of Vision » relève d’un coup cette fin d’album en dessous de la qualité globale. Seul titre à reprendre l’aspect de Pop Progressive expérimenté sur les albums précédents, il présente quelques points communs avec le premier titre de l’album. Ainsi les accords plaqués au piano de manière rapide et régulière, le mélange entre le chant de Davies et celui de Hodgson, une thématique liée aux USA. Et puis, le sens mélodique est superbe, tant dans les arrangements instrumentaux (ce solo de claviers !) que vocaux. Du grand art !

Avec Breakfast In America, Supertramp est donc au sommet. Et, même si on remarque deux-trois titres en dessous du reste, il leur sera impossible de rester à un tel niveau. Condamné à redescendre après cette presque perfection, ils sortiront encore un album avant que le divorce Davies-Hodgson soit définitivement consommé. Reste cet album, l’un des plus mythiques et des meilleurs de la Pop des 70’s…

Tracklist:
1. Gone Hollywood
2. The Logical Song
3. Goodbye Stranger
4. Breakfast In America
5. Oh Darling
6. Take The Long Way Home
7. Lord Is It Mine
8. Just Another Nervous Wreck
9. Casual Conversations
10. Child Of Vision

Musiciens:
Roger Hodgson: Chant, claviers, guitare
Rick Davies: Chant, claviers, harmonica
John Helliwell: Saxophone, clarinette
Dougie Thomson: Basse
Bob Siebenberg: Batterie

Producteur: Peter Henderson & Supertramp