b-52sLe moins qu’on puisse dire, c’est que les B-52’S reviennent de loin. De très loin, même. Car en toute franchise, on n’attendait pas vraiment le groupe originaire d’Athens (ville située en Géorgie) en cette fin de décennie. Il faut dire que les B-52’S ont été ébranlés en 1985 par la perte d’un de leurs membres, le guitariste Ricky Wilson (frère de l’une des 2 chanteuses du groupe, Cindy Wilson), victime d’une pneumonie occasionnée par le sida. Les B-52’S avaient alors sorti un an plus tard leur 4ème album, Bouncing Off The Satellites, sans en faire la moindre promotion. Les B-52’S ont alors plus ou moins disparu des écrans radars, leur avenir semblait plus que compromis, d’autant que Cindy Wilson a fait une dépression et les autres membres du groupe se sont plus ou moins isolés.

Finalement, le groupe d’Athens s’est remis au travail pour enregistrer son 5ème album, Cosmic Thing. Celui-ci est sorti durant les premiers jours de l’été 1989, le 27 juin de cette année pour être plus précis. Cette sortie d’album avait de quoi réjouir les fans de THE B-52’S, surtout que cette pause a, semble-t-il, été salutaire au groupe. La production de cet album a été confiée à Nile Rodgers (qui a joué au sein de CHIC et produit, entre autres, des albums de Mick JAGGER, DEPECHE MODE, DURAN DURAN, INXS, Bryan FERRY, Al JARREAU…), ainsi qu’à Don Was (qui a produit la même année le fameux Nick Of Time de Bonnie RAITT et ajoutera à son C.V des artistes divers et variés comme Bob DYLAN, Iggy POP, Willie NELSON, les ROLLING STONES, POISON, STONE TEMPLE PILOTS…).

Cosmic Thing prend des allures de revanche sur le destin, de pied de nez aux coups du sort. Les B-52’S ont décidé de poursuivre leur route, ce qu’on peut percevoir comme une belle leçon de persévérance et de courage, là où bien d’autres auraient jeté l’éponge face à une telle situation. Si jusqu’à présent, les B-52’S n’avaient eu que 2 hits mineurs (« Rock Lobster » et « Private Idaho » s’étaient classés respectivement 56ème et 74ème au Billboard en 1978, puis en 1980), ils ont de ce côté-là explosé leurs statistiques en cette fin de décennie 80. Tout d’abord avec « Love Shack », un tube imparable chanté par Fred Schneider et les 2 chanteuses Kate Pierson et Cindy Wilson (une des marques de fabrique majeures du groupe). Ce titre festif, contagieux, hymnique comme ce n’est pas permis s’impose comme une invitation au dévergondage, à l’émancipation, bien valorisé par un refrain inoubliable, des arrangements au poil (des cuivres judicieux), une ambiance très live, d’autant que Fred Schneider et la doublette Cindy Wilson/Kate Pierson se relaient à la perfection. Ce titre est tellement fun, tellement porté sur l’éclate totale qu’il réussirait à faire taper du pied et se déhancher Thom Yorke en personne ! Un autre détail a également contribué à faire entrer ce titre dans la légende: à un moment, Cindy Wilson hurle « tin roof, rusted ! » , qui n’a pas du tout été prémédité, ce passage étant juste le résultat d’une jam impromptue, ayant contribué par la même occasion à relancer la chanson qui finit en roue libre. Ce titre, qu’on peut inclure sans problème parmi les classiques intemporels des 80’s, s’est classé 3ème aux USA, mais également n°1 en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Irlande, 2ème en Grande Bretagne, 5ème au Canada. Un autre titre tiré de Cosmic Thing a fait aussi bien que « Love Shack », c’est « Roam ». Ce titre est chanté uniquement en duo par les chanteuses Kate Pierson et Cindy Wilson (et c’est le seul de l’album qui fonctionne ainsi) tantôt en choeurs sur le refrain, tantôt se partageant les couplets. Mis sur orbite par une intro quasi-religieuse, « Roam », compo Pop-Rock aux arômes psychédéliques, se révèle envoûtante, tubesque, séduisante. Un hymne absolu, même, d’autant que les clap-hands viennent égayer le refrain. Egalement classé 3ème aux USA, ce titre s’est classé 2ème en Nouvelle-Zélande, 4ème au Canada, 9ème en Irlande et 17ème en Grande Bretagne.

Si ces 2 titres sont majeurs dans le répertoire des B-52’S et ont contribué au succès de Cosmic Thing, il serait toutefois injuste de résumer cet album juste à ces classiques. THE B-52’S a, de toute évidence, repris du poil de la bête. On retrouve les côtés loufoques et délirants, voire déjantés qui caractérisaient le groupe à ses débuts à travers des titres tels que le rythmé « (Shake That) Cosmic Thing », qui renoue avec le côté Post-Punk fou-fou des débuts (les 2 chanteuses étant parfaitement au diapason de Fred Schneider), « Bushfire » qui jongle entre Pop-Rock 60’s et Post-Punk et qui est très orienté guitares, travaillé efficacement (c’est toujours un régal d’entendre les 2 chanteuses et Fred Schneider se donner mutuellement la réplique), ou encore « Junebag » qui, malgré son intro façon ambiance de la jungle, voit le groupe maîtriser davantage sa folie (quelques nappes de claviers à caractère atmosphérique apparaissent), même si au bout de 3 minutes, il se lâche davantage et, totalement en roue libre, assume plus franchement son côté délirant. Par contre, il serait préférable d’oublier « Channel Z », un mid-tempo typiquement New-Wave alternant couplets aériens (avec juste la basse et la batterie) et refrain limite dansant qui, d’ailleurs, gâche ce titre car il fait trop penser à BANANARAMA (qui incarne le côté à la fois superficiel et négatif des 80’s). Sorti en tant que premier single de l’album, le titre a d’ailleurs fait un flop.

Si le chant est le plus souvent partagé par le trio Fred Schneider/Cindy Wilson/Kate Pierson, un quatrième larron (le guitariste et claviériste Keith Strickland) vient s’inviter à la fête derrière le micro. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que le chant est partagé à 4 chez les B-52’S. Cette formule est utilisée sur des titres comme l’hypnotique « Dry County », un mid-tempo entre Pop et New-Wave dominé par la basse et les claviers, à la mélodie répétitive, mais étourdissante, les choeurs féminins apportant une touche 60’s (au niveau des harmonies vocales) à l’ensemble, mais aussi « Topaz », lui aussi assez imprégné de l’esprit 60’s avec cet apport Pop psychédélique considérable à ce titre entre Pop-Rock et New-Wave et voit Fred Schneider plus posé. Les expériences passées ont laissé des traces au sein du groupe et cela s’en ressent également sur « Deadbeat Club »: cette compo Pop aérienne tranche franchement avec le côté loufoque des débuts du groupe et si le duo Kate Pierson/Cindy Wilson est au taquet, Fred Schneider est tout en retenue, même carrément en retrait et, pour être franc, ce titre est très moyen, pénalisé qu’il est par un refrain soporifique. Dans un registre bien différent, THE B-52’S surprend l’auditeur en proposant avec « Follow Your Bliss » un instrumental planant aux claviers oscillant entre New Wave et psychédélisme des 60’s qui est remarquablement travaillé et aurait pu figurer sur une B.O de film. Pour le coup, les B-52’S se sont fendus d’une belle et agréable trouvaille.

En définitive, Cosmic Thing s’avère être une bonne synthèse de ce qu’à fait le groupe entre ses débuts à la fin des 70’s et tout au long des 80’s, par la suite. On constate aussi que s’il reste encore un peu de folie chez THE B-52’S, celui-ci a gagné en maturité. Alors, bien sûr, certains pourront toujours dire que les 2 premiers opus sont au-dessus de Cosmic Thing, qu’ils dégagent plus d’urgence, un côté nettement plus débridé, chien-fou, mais voilà: THE B-52’S s’est fendu d’un superbe retour en force , en forme, d’autant qu’on ne l’attendait pas forcément à pareille fête après une période de flottement qui a failli signer sa fin. Cosmic Thing a permis au groupe de connaître historiquement son plus grand succès puisqu’il s’est classé 4ème aux USA (il a séjourné 65 semaines dans le Billboard, son record absolu), 1er en Australie et en Nouvelle-Zélande, 8ème au Canada et en Grande Bretagne, a obtenu plusieurs certifications au niveau international (4 fois platine aux USA, double platine en Australie, platine au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Grande Bretagne). Voilà là une sacrée revanche sur le mauvais sort !

Tracklist:
1. (Shake That) Cosmic Thing
2. Dry County
3. Deadbeat Club
4. Love Shack
5. Junebug
6. Roam
7. Bushfire
8. Channel Z
9. Topaz
10. Follow Your Bliss

Line-up:
Fred Schneider (chant, percussion)
Cindy Wilson (chant)
Kate Pierson (chant, claviers)
Keith Strickland (guitare, claviers, chant)
+
Leroy Clouden (batterie)
Charley Drayton (batterie)
Sonny Emory (batterie)
Steve Ferrone (batterie)
Richard Hilton (claviers)
Sara Lee (basse, claviers)
Tommy Mandel (claviers)
Nile Rodgers (guitare)

Label: Reprise Records

Producteurs: Nile Rodgers & Don Was