71+4WmrQwPL._SS500_Si un relativement long laps de temps sépare So du précédent album de Peter Gabriel, le chanteur n’est pas pour autant resté les bras croisés. Il a en effet réalisé une bande-son de film l’année précédente (Birdy) et sorti son premier album live, véritable best of de ses quatre premiers albums éponymes, Plays Live. So va cependant faire faire un bond magistral à la carrière solo de Peter Gabriel, en faisant une superstar de la Pop, capable de rivaliser sur ce plan avec son ancien groupe, Genesis, et son ancien batteur, Phil Collins.

Le mélancolique, presque désespéré « Red Rain » est pourtant dans la continuité de ce que le chanteur avait réalisé jusque là. Des ambiances sombres et épurées, permettant de mettre en valeur la grande tessiture vocale de Gabriel. On retrouve bien sûr la basse si caractéristique de son fidèle lieutenant, Tony Levin. En revanche, ce n’est pas Stewart Copeland qui tient la batterie, comme on le dit parfois, mais bien Jerry Marotta, batteur de longue date qui signe ici une de ses dernières performances avec Gabriel. Le batteur de Police est cependant bien présent sur ce titre, mais jouant seulement de la timbale charleston donnant cet effet de pluie tropicale. Après cette mise en bouche envoutante, « Sledgehammer » permet d’alléger les choses. Avec son ensemble de cuivre dansant, sa basse qui groove (Tony Levin, encore), sa batterie précise (Manu Katché qui allait devenir son nouveau batteur attitré), le titre avait tout pour enflammer les pistes de danse. Ajoutez une ligne de chant et surtout un refrain imparable ainsi qu’une vidéo novatrice et vous tiendrez l’un des tubes intemporels des années 80 ! On revient ensuite à des ambiances plus intimistes avec « Don’t Give Up » qui voit le chanteur faire une duo avec Kate Bush. Une collaboration qui apparait tout de suite comme évidente tant leurs voix se marient bien, de même que leurs univers planants et un peu barrés se rejoignent.  Curieusement, si le single fut un grand succès en Europe, il fut un flop aux Etats-Unis et au Canada.

La basse énorme de Levin est toujours présente sur le léché « That Voice Again », très bel exemple de Pop Progressive avec ses guitares ciselées. Autre classique de l’album, « In Your Eyes », ballade d’influence africaine désormais indissociable de l’image d’un John Cusack adolescent brandissant un transistor. C’est d’ailleurs sa présence dans Say Anything qui fit le plus pour sa popularité, le single ayant été à sa sortie un succès correct mais sans plus. Pour la petite histoire, Gabriel aurait voulu que ce titre soit le dernier de l’album, mais la trop grande puissance de la ligne de basse rendit cette volonté impossible sur le plan technique. Il a cependant été déplacé à la fin sur les dernières éditions CD.  Les influences africaines sont également présentes sur le calme et planant « Mercy Street » aux ambiances fantomatiques qui nous enveloppent dans une bulle sonore. On retrouve les ambiances dansantes avec l’irrésistible « Big Time » aux consonances Funk. C’est pour ce-titre ci en revanche que Stewart Copeland vient s’inviter à la batterie. Tony Levin créé lui un son de basse inédit à l’époque frappant son instrument avec des baguettes de batterie. Afin d’éviter d’être qualifié d’artiste Dance, Peter Gabriel retourne à des ambiances plus intimistes et progressives avec « We Do What We’re Told (Milgram’s 37) » dont la boite à rythme lente indique que Gabriel a suivi le travail que son ancien groupe avait accompli sur Duke (le titre « Duchess » en particulier). En titre bonus sur les versions CD et cassettes, « This Is The Picture (Excellent Birds) » voit le chanteur collaborer avec Laurie Anderson, légende de l’avant-garde new-yorkais. On y retrouve également la guitare funky de l’imparable Nile Rodgers qui donne une couleur brillante des plus séduisantes à ce titre au rythme répétitif hypnotique.

Enorme succès à sa sortie, So arrive à combiner sonorités commerciales avec expérimentations musicales. Un grand écart que d’aucuns auraient crus impossible. Prenant ses distances avec cet incroyable succès, Gabriel se consacra à l’écriture de musiques de films (dont La Passion du Christ de Martin Scorsese), prenant le temps avant de sortir un successeur qui ne verra de ce fait le jour que six ans plus tard…

Tracklist:
1. Red Rain
2. Sledgehammer
3. Don’t Give Up (ft. Kate Bush)
4. That Voice Again
5. In Your Eyes (ft. Youssou N’Dour)
6. Mercy Street
7. Big Time (ft. Stewart Copeland)
8. We Do What We’re Told (Milgram’s 37)
9. This Is The Picture (Excellent Birds) (ft. Laurie Anderson & Nile Rodgers)

Musiciens:
Peter Gabriel: Chant, claviers
David Rhodes: Guitare
Tony Levin: Basse
Jerry Marotta: Batterie
Manu Katché: Batterie
Daniel Lanois: Guitare
Mark Rivera: Saxophone
Richard Tee: Piano
Larry Kleine: Basse (5, 6)
Wayne Jackson: Trompette
Don Mikkelsen: Trombone

Producteur: Peter Gabriel & Daniel Lanois